Au secours, je me trouve grosse! C’est quoi et ça se guérit comment, la dysmorphophobie?

“Je me trouve grosse!” “j’ai l’impression d’avoir des hanches énormes et qu’on ne voit que ça” Ca vous semble familier? Alors lisez bien ce qui va suivre, ça pourrait être le signe que vous êtes dysmorphophobique. J’ai récemment écrit un article sur mon parcours – ma perte de poids, et ma prise de poids – en mentionnant que j’étais passée par l’orthorexie. J’avais aussi des gros soucis avec mon image corporelle : je me voyais plus grosse que ce que je n’étais en réalité. Je me sentais plus grosse, en fait. Et ca, c’est dont je veux vous parler aujourd’hui. 

comment je me sentais, parfois.

Déjà, la dysmorphophobie (ou dysmorphobie) c’est quoi?

La dysmorphophobie est un trouble psychologique, qui implique une vision déformée de son propre corps – en entier ou en partie. En pratique, ça veut dire que même quand vous essayez d’avoir un regard objectif sur votre corps, vous voyez vos défauts amplifiés, et ce qui vous embête ressort beaucoup plus (dans votre tête) que ce qui apparait en réalité. 

Pour faire simple, je ne vais parler ici que de la dysmorphophobie qui implique qu’on se voit plus gros qu’on ne l’est. Cela dit, ce n’est pas la seule façon dont ce trouble peut affecter quelqu’un: on peut s’imaginer que son nez est beaucoup plus grand qu’il ne l’est en réalité par exemple, ou d’autres parties du corps, beaucoup plus petites. 

Si vous voyez ce que je veux dire.

Note: C’est un mal plutôt féminin – on va blâmer d’une part, la publicité et l’image de la femme parfaite qu’on nous pousse en permanence, même si désormais les mentalités évoluent un peu – et d’autre part, les réseaux sociaux. Puisque tout le monde ne pose que les meilleures photos de son corps, comment ne pas avoir une image déformée de ce qu’on voit dans le miroir? Cela dit, certains garçons sont touchés aussi, hein (et de plus en plus, pour les mêmes raisons.)

 

Est-ce que je suis dysmorphophobique?

C’est assez déstabilisant, parce qu’autant c’est très facile pour les proches de se rendre compte, autant quand on est dedans, réaliser qu’on est dysmorphophique, c’est compliqué – c’est le concept même du trouble. 

On va donc faire un test simple – si vous répondez oui à une ou plusieurs de ces questions, il y a peut être un souci à se faire non pas au niveau de votre poids, mais de votre image corporelle. (on voit les solutions juste ensuite.)

– Je fais un poids normal mais je me “sens” gros(se). 

– On me dit souvent que je ne suis pas gros(se) ou d’arrêter de me soucier pour mon poids. 

– Il y a certains jours ou je me vois plus gros(se) que d’autres. 

– Quand je me regarde dans la glace, je ne vois que certaines parties de mon corps, que je trouve ridicule ou disproportionnée et je ressens une haine ou une tristesse face à ce corps.

photo de gauche: non retouchée. Photo de droite: comment je me voyais quand je faisais des attaques de panique, qui illustraient ma dysmorphophobie.

 

Je suis dysmorphophobique, comment m’en sortir? 

1. réaliser que GROS N’EST PAS UN SENTIMENT NI UNE EMOTION

“Se sentir gros” ça ne veut RIEN dire. Gros n’est pas un feeling. On peut avoir ce que l’on juge comme trop de gras autour de ses os et de ses muscles, mais c’est purement physiologique, ce n’est pas un sentiment. Il y a des jours ou l’on se sent bien ou moins bien dans son corps – et ça n’a JAMAIS à voir avec le poids ou le gras, puisqu’on peut être en surpoids et très bien dans son corps. On va donc arrêter de dire “je me sens gros(se)”. Par contre, on peut chercher quel est le problème : on s’ennuie ? on ne se dépense pas assez ? on ne fait plus de sport depuis longtemps ? on vient de trop manger suite à une frustration ? Quel est le vrai souci, et pourquoi est-ce qu’on en vient à tourner toute son attention sur son corps comme ça? On rationalise au maximum avant que ça n’escalade. (Un peu comme quand on fait une crise d’hyperphagie)

2. apprendre à voir son corps tel qu’il est – et dédramatiser

Ce n’est pas facile à faire, mais il faut tâcher de se voir avec les yeux de quelqu’un d’autre. C’est comme si vous portiez des lunettes déformantes, et qu’il fallait les enlever. Pour ça, vous pouvez prendre des photos de vous dans le miroir. Pas besoin de les partager, hein, mais les avoir et pouvoir les regarder plus tard permet d’avoir une vision plus objective. Pour peu que ce ne soit pas un très bon jour, et que vous vous croisiez dans le miroir, vous allez voir une image déformée. Par contre, regardez la photo quelques jours plus tard, en imaginant regarder la photo de quelqu’un d’autre : est-ce que vos défauts sont si prononcés que ça? Biensûr que non. Encore une fois, le souci c’est pas votre corps, c’est le regard que vous lui portez.

chats lunettes dysmorphophobie que faire
Voilà, on enlève les lunettes grossissantes, comme ça.

3. S’auto-complimenter… et laisser les autres vous complimenter

Ca, c’est un peu un rappel de ma liste des tips pour se sentir mieux dans son corps là tout de suite maintenant  mais il faut tâcher d’être gentil avec vous même. Vous ne diriez pas du corps d’une pote ou d’un pote la moitié de ce que vous osez vous dire du vôtre. Alors on arrête les insultes, on arrête de se pincer les hanches ou les cuisses, et on se concentre sur ce qu’on aime chez soi. 

Pareil, écoutez vos proches (ou les inconnus!) quand ils vous font des compliments. Ils n’ont aucune interêt à vous mentir , ils n’en tirent rien: tous les compliments que vous recevez sont sincères, que vous le vouliez ou non. Alors on arrête de psychoter, et on accepte les compliments comme ils viennent. 

4. Faire plus de choses qui nous font du BIEN (pour être mieux, pas pour maigrir!)

Attention, là je vais être claire: je n’encourage absolument pas les personnes dysmorphophobiques à faire des régimes ou quoi que ce soit. L’idée, c’est d’arriver à se détacher de l’aspect physique pour se tourner vers une autre “valeur” d’estimation de soi. Ok, vous n’aimez pas ce que vous voyez dans le miroir. Mais on va mettre ça de coté, et on va tout miser sur… la performance? l’endurance? une amélioration quelconque, vous choisissez! Ca peut être courir un marathon, ça peut être commencer des cours de badminton, peu importe. L’idée, c’est de réapprendre à être fier de son corps pour ce qu’il PEUT faire, et pas pour ce dont vous PENSEZ qu’il a l’air. 

Petite anecdote personnelle: j’ai commencé les Spartan Races en 2017 parce que j’avais un petit souci avec ce que je voyais dans le miroir. Au final, je me voyais plus grosse que ce que j’étais, mais pour une raison précise: je me sentais feignante, et je m’ennuyais dans mon training machines + weight lifting. Du coup, je me suis lancée un défi que je pensais irréalisable pour le corps que je voyais dans le miroir. 10 mois plus tard, j’attaque la Spartan Beast (21km), et je suis enfin en paix de nouveau avec ce que je vois dans la glace. Il y a FORCEMENT des jours avec et des jours sans, mais je sais que, quand ça va pas, ce que je vois est une version déformée de la réalité. Et j’ai des copains et des copines toujours prêts à me le rappeler 🙂

Et vous alors! C’est votre cas? Vous essayez de vous en sortir? Vous avez réussi? Dites moi tout en commentaire! 

7 Comments
  1. A une certaine époque, c’était Un combat du quotidien la dysmorphobie…. maintenant ça va mieux, mais il y a des jours moins sympas que d’autres 😉

  2. Très intéressant ! Je ne savais même pas que ça s’appelait “dysmorphophobique”. Je ne dirais pas que je rentre dans cette case mais comme beaucoup c’est parfois dur d’avoir un regard objectif sur soi. Surtout quand on mesure 1m59 et qu’on est cubique^^

  3. Bonsoir Charlotte,
    Très bel article qui touche une majorité de femme si je peut dire, j’ai une petite question à ce sujet:
    Se sentir grosse est il synonyme de se sentir mal dans sa peau?
    Je suis très bien dans mon corps, je pratique du yoga et surveille ce que je mange sans trop exagérer. Pour certain(e)s je pourrais perdre encore quelques kilos mais pour ma part je suis très bien comme je suis. En tout les cas, c’est toujours un plaisir de vous lire et à très bientot.

    1. Hello! le poids n’a aucun rapport avec le sentiment d’être bien dans sa peau, d’une part. D’autre part, il y a une vraie différence entre le réel et le ressenti : on peut être trop maigre et se sentir gros, être très gros et se sentir parfait, être “ok” et se sentir trop maigre, etc.
      Si tu es bien dans ton corps, s tu te fas plaisir et si tu as un rythme qui est sain pour toi, alors ne change rien ! 🙂 C’est ça aussi l’équilibre, ce que pensent les gens n’a pas d’importance au final. L’important, c’est d’être 1. en bonne santé, 2. En accord avec ce que l’on veut être. Le reste… 🙂

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