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Spartan Race

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Si vous avez l’ambition de courir une Spartan Ultra Beast prochainement, il faut bien vous y préparer : c’est un format vraiment différent des courses plus courtes (Sprint, Super & Beast), et un focus sur la préparation est essentiel – hors de question d’y aller les mains dans les poches. Le pourcentage de DNF (Did Not Finish, les abandons volontaires ou médicaux, et les dépassements de cut-off times, en somme) est assez élevé – et non communiqué par Spartan, et si vous comptez la finir, et récupérer la médaille et les honneurs (parce que oui, c’est plus long qu’un marathon, et on gagne le droit de se vanter à vie), il faut vous y prendre à l’avance. Voyons ensemble tous les points essentiels d’une préparation pour une Spartan Ultra Beast. 

Note: j’ai travaillé sur une prépration détaillée à l’occasion de la Spartan Ultra d’Iskandar Puteri le 16 Novembre 2019 (en Malaisie), que j’ai couru avec la meilleure des coéquipières. On l’a achevé en 8:17:05 (et 1ère/2ème de notre age group, 2 et 3ème femmes overall)  – Les conclusions que j’ai tiré de l’aventure sont ici !

Les conseils qui suivent découlent de cette préparation, mais également de ma formation de coach Spartan SGX, dont j’ai été diplomée durant l’été 2019. 

 

D’abord, la Spartan Ultra Beast, c’est quoi? 

La Spartan Ultra Beast est un format un peu particulier de Spartan Race – 50km et 60 obstacles, soit 2 tours d’une Spartan Beast + une boucle sans obstacle de 8 kilomètres. 
Il y a une zone de transition, ou il est possible (et très recommandé) de laisser une boite contenant de quoi se réapprovisionner coté food, hydratation et premiers soins, entre les deux boucles.
C’est le seul format Spartan avec des cut-offs (des temps imposés) vraiment restrictifs: il y a un temps imparti pour la 1ère boucle (après lequel ils ferment la zone de transition), le 40ème kilomètre et l’arrivée.

C’est aussi un gros challenge physique et mental – mais on voit ça plus bas ! 

Qui peut courir une Spartan Ultra Beast?

Pour avoir couru une quinzaine d’autres Spartans (ainsi que plusieurs Hurricane Heats) avant de m’atteler à celle ci, je recommanderais de se lancer dans l’expérience si:

  • Vous avez déjà couru (au moins) une Spartan Race : connaitre la majorité des obstacles est essentiel pour pouvoir se préparer au mieux : il faut savoir ou sont vos faiblesses pour y pallier avant l’Ultra, puisque chaque échec sur un obstacle est puni de 30 burpees, ce qui après 5 ou 8h d’effort donne un coup très fort dans le moral et dans les forces physiques. 
  • Vous êtes un coureur amateur ou confirmé: vous pouvez courir sans souci majeur 10km (peu importe la vitesse, on parle d’endurance) – pour rester sous les cut-offs, il faut pouvoir courir une partie de la course (et plus l’on est capable de courir “vite” sans souffrir (c’est à dire à un rythme cardiaque faible, en zone 3 max), plus l’effort est court et moins le corps est attaqué, en somme.
  • Vous avez du temps à consacrer à la préparation – En s’y prenant 2 à 3 mois à l’avance, il va falloir y consacrer 2 à 3 sorties running (longues ou en fractionné) + 3 à 5 séances de renforcement musculaire (au poids du corps pour la technique et avec des poids pour la force et l’endurance musculaire pure).
  • Vous en avez vraiment envie – ça ne se décide pas vraiment sur un coup de tête, puisqu’il va falloir faire pas mal d’effort, d’achats et de renoncement pour être prêt le jour J. Prenez le temps d’y réfléchir avant d’acheter votre dossard, et une fois que vous êtes convaincus, lancez vous ! 

 

Comment se préparer pour une Spartan Ultra Beast? 

Il y a 3 points essentiels dont il faut tenir compte dans une préparation Ultra: le physique (à la fois en endurance cardio & musculaire, mais aussi en technique), le mental (que vous le vouliez ou non, la tête va prendre le dessus à un moment pendant la course, et plus votre mental est fort, plus il sera facile de casser les barrières et de continuer à avancer), et l’équipement. 

 

1 Se préparer physiquement pour une Spartan Ultra Beast

Pour la préparation physique, on recommande donc de s’y prendre au moins 12 semaines à l’avance. Evidemment, si vous pouvez améliorer vos capacités de cardio et travailler le haut du corps avant ça, faites le, mais la vraie prépa commence 3 mois avant l’épreuve, et il va falloir tenir un programme d’entrainement plus strict que d’habitude. 

Travailler l’endurance cardio-vasculaire:

Oui, il va falloir alterner entre course (plutôt lente, pour ne pas griller ses cartouches) et marche rapide pendant quasiment une dizaine d’heure – donc il faut que le coeur tienne le coup. 
Pour s’y préparer, on alterne des sorties de running en fractionné et des sorties longues ou l’on surveille son rythme cardiaque : on essaye de se stabiliser autour de 150-160bpm, quitte à ralentir à chaque fois que l’on dépasse ce seuil. 
Faire des sorties en trail (pas sur route, donc), aide beaucoup aussi à s’habituer à l’effort – si vous n’êtes pas un trail runner confirmé, efforcez vous de marcher dans les montées, pour conserver un maximum de votre énergie. 

Travailler l’endurance musculaire: 

Puisqu’on parle d’un effort très long, il va falloir des muscles endurants, qui peuvent supporter l’effort pendant plusieurs heures. C’est le cas principalement pour le bas du corps (les quadriceps, mollets et fessiers vont souffrir), mais également pour les muscles du dos et du grip, qui seront mis à l’épreuve.

Identifiez d’abord vos faiblesses (lors de runs longs par exemple, ou en portant à bout de bras des objets lourds pendant un temps prolongé), et.. travaillez !

Plus d’infos pour batir ses séances pour travailler l’endurance musculaire ici (nombre de répétitions, de sets, poids à utiliser, etc.)

 

Travailler la technique (pour les obstacles) & l’explosivité: 

Si certains obstacles font appel uniquement à la force pure, beaucoup d’autres sont techniques et doivent être appris. 
Trouvez un endroit pour apprendre à grimper à la corde lisse en utilisant vos pieds, entrainez vous aux levers (bucket carry, atlas) lourds avec des poids à la forme similaire, apprenez à passer une rangée d’anneaux ou des monkey bars. Si vous êtes assez forts, vous pourrez peut être vous passer de pratique, mais il est toujours très très recommandé d’essayer les obstacles avant, voire de s’y entrainer régulièrement. 

2. Se préparer mentalement pour une Spartan Ultra Beast

La préparation mentale est un point clé, mais elle dépend beaucoup de chacun. Certains vont être motivés par la compétition, d’autres par le dépassement de soi. Quelques techniques que vous pouvez tester et mettre en pratique si elles vous conviennent:

  • Trouvez un mantra (positif) à répéter pendant l’effort
  • Visualisez vous en train de réussir (les obstacles, le running, franchir la ligne d’arrivée)
  • Entrainez vous sur des obstacles si possible ou des structures similaires (la répétition du geste donne une confiance folle ! )

Quoi que vous choisissez, rappelez vous : ne vous parlez jamais négativement pendant une course, forcez vous à garder le sourire, un esprit positif, et surtout, à VOUS AMUSER. 

 

3. Bien s’équiper pour une Spartan Ultra Beast

Contrairement aux autres formats de course (ou on peut techniquement se pointer sans équipement aucun, même si c’est un désavantage certain), il faut ABSOLUMENT préparer son équipement en avance pour une Ultra Beast. Pourquoi? Parce qu‘il va forcément vous arriver des bricoles pendant 50km. C’est comme ça, et la seule chose que l’on peut faire, c’est se préparer au maximum et parer à toute éventualité, pour limiter les risques et atténuer les conséquences de ces aléas (qui peuvent aller d’une chaussure dont on perd la semelle à des cloques ouvertes sur les mains à cause des obstacles, en passant par une hypothermie)

Un point important : TESTEZ TOUT VOTRE EQUIPEMENT avant le Jour J. Courez avec votre sac, avec vos chaussettes, essayez de reproduire des conditions similaires à celles de la course. On ne part pas avec de l’équipement neuf, ou auquel on n’est pas habitué, sur 50 kilomètres. 

Check-list équipement Spartan Ultra Beast: 

(note: il s’agit de la liste que j’ai utilisé avec ma coéquipière pour l’Ultra que l’on a couru en Malaisie – elle est adaptée à des climats chauds et humides. Si votre course a lieu l’hiver, ou dans des lieux plus frais, pensez à apporter des vêtements et des changes plus chauds!) 

 

Sur soi (le jour de la course) Check
Un legging ou short de course confortable (éviter le coton)  
un tee shirt / débardeur / brassière confortable  
Des chaussettes légèrement montantes si leggings ou montantes (ou jambières) si shorts  
Des chaussures de trail-run (les crampons de ski sont interdits)  
Un sac à dos de trail run (avec place pour l’eau, contenu ci dessous)  
Une paire de gant de construction  
Une lampe frontale  
Un bandana (de quoi se protéger le crâne) s’il fait beau  
Des lunettes de soleil (même raison)  
Dans le sac Check
1L d’eau dans un camelbag avec des electrolytes si possible  
6 rations de nourriture, 150-200kcal par portion  
4 sachets de sels de réhydratation  
2 sachets d’anti-crampes  
un sifflet d’urgence  
un signal lumineux  
une couverture de survie  
optionnel: un spray froid  

 

Dans la boîte de la zone de transition Check
Des gels & des barres énergétiques ( 6 à 10 rations)  
De la comfort food (des bonbons, gateaux que vous aimez)  
1L d’eau (déjà en camelbag pour gagner du temps)  
des anti-crampes, des tablettes de sel, des tablettes de caféine  
Un kit de premier soin (anti douleurs, pansements normaux et anti ampoules, sparadrap, ciseaux, compresses stériles, désinfectants)
 
1 spray chaud (pour réchauffer les muscles)  
1 rechange entier (top, leggings, chaussures & chaussettes)  
de la crème solaire s’il fait beau  
un imperméable (en cas de pluie ou d’hypothermie)  

 

Enfin, quelques petits conseils pour la route : 

  • Avant la course, coupez vous tous les ongles (pieds & mains) à raz. C’est un drôle de conseil, je sais, mais ça évite d’en perdre à cause du frottements (je le sais parce que malgré tout, j’en ai perdu 3 au cours de la préparation + la course).
  • Coté nutrition, je vous invite à relire cet article sur l’alimentation / hydratation pour les courses d’endurance, qui vous aidera à planifier vos apports avant, pendant et après la course. 
  • Pendant la course : KEEP MOVING. Parfois, ce sera difficile, et vos jambes et le reste seront opposés à l’idée. Mais les arrêts prolongés lancent le processus de récupération, et il vous sera impossible de repartir si vous restez à l’arrêt trop longtemps. Ne restez pas plus de 10min dans la zone de transition – on change le contenu du sac à dos et on repart directement. 
  • Ne pensez pas à la fin de la course, restez dans le moment présent. C’est déprimant de compter le nombre de kilomètres qu’il reste, et le chemin en lui même vaut le coup, alors amusez vous avant tout. 
  • Si vous pouvez surveiller votre rythme cardiaque, essayez de rester autour de 180-(votre age) bpm. Une zone 3 en somme, confortable (vous pouvez tenir une discussion en soufflant un peu fort). Ca permet d’activer un système d’énergie plus lent mais plus efficace sur la durée. 
  • Si vous ne finissez pas, si pour une raison quelconque, vous ne passez pas la ligne d’arrivée : rappelez vous que ce n’est pas grave. Ce n’est pas ça l’important. C’est tout ce que vous avez appris pendant la prépa, qui vous servira sur la prochaine course. C’est tous les moments de doute que vous avez affronté, le travail que vous avez fourni. Les gens que vous avez croisé. La médaille c’est juste une breloque, l’aventure en elle même vaut le coup. 

 

J’espère que ces quelques conseils pourront vous être utiles, n’hésitez pas si vous avez des questions à les poser en commentaires, et tout le meilleur pour vos courses !

Le 16 novembre 2019, j’étais sur la ligne de départ pour ma toute première Spartan Ultra Beast, à Iskandar Puteri en Malaisie. J’aurais aimé dire que c’était un choix murement réfléchi, mais je m’étais inscrite, avec ma coéquipière, sur un coup de tête, 2 mois plus tôt, alors que je marchais toujours avec des béquilles (suite à ma blessure, dont j’avais tiré les conclusions ici). Ce qui s’est passé pendant les 2 mois d’entrainement, et les 8h17:05 d’épreuve, ont été une expérience à part, et j’aimerais partager mes pensées, interrogations et conclusions avec vous  (je trouve ça plus intéressant que vous raconter la course dans l’ordre, au final). 

Vous retrouverez dans l’article ici tous mes conseils pour bien préparer une Ultra Beast ! 

 

1. Ne jamais dire “jamais”

Ca fait 3 ans que je cours des Spartan Races – depuis ma 1ère Spartan à l’arrache, j’en ai couru une quinzaine, dont un trifecta weekend, 3 Hurricane Heats, et je suis devenue Spartan SGX Coach certifiée. Et depuis 3 ans, je vois des coureurs se lancer pour l’Ultra (50km, 60 obstacles) sans jamais pouvoir comprendre leur motivation. Je les voyais, là, en chasuble violet, et je me disais qu’il fallait être cinglé pour vouloir faire 2 tours de la Beast + 8 bornes. Il faut dire que je détestais courir, et que du coup, 50km, c’était une absurdité sans nom – et je sais que pour beaucoup de gens qui vont lire ça, ça l’est aussi. Mais on a tendance à chercher un défi toujours plus grand, et l’Ultra était peut être le dernier format qui me faisait peur, parce qu’il me mettait agressivement face à mes faiblesses. S’inscrire à deux a été beaucoup plus facile (je ne suis pas persuadée que je l’aurais fait toute seule, ou en tout cas, pas cette année) et en parler à nos proches nous a empêché de reculer, toutes les fois ou on a eu des doutes. Je suis donc passée de “JAMAIS” à “c’est aujourd’hui”, et c’est un drôle de sentiment. 

Avant / Après (paillettes Vs. médaille, mais on a l’air bien plus fraiches qu’on ne l’était en réalité. :x)

2. La préparation fait 70% du boulot

Ne pas avoir mûrement réfléchi notre décision (puisqu’il nous a fallu un verre de vin de trop un soir pour se dire “et pourquoi pas”, et de prendre les dossards) ne veut pas dire qu’on ne s’est pas préparées. On a créé ensemble un programme d’entrainement (qui tenait compte de nos différences, ma coéquipière était plutôt une coureuse, pas grande fan de la salle de sport, et moi exactement l’inverse), mais aussi des listes de conseils que l’on a trouvé en lisant des blogs et des retours d’expérience, en discutant avec des ultra runners (d’obstacles ou non), et des check lists pour l’équipement. (J’ai condensé ça en un article: mes conseils de préparation pour l’ultra Spartan ici!)

Se lancer sans se préparer aurait été stupide, sur une course aussi longue et aussi intense – on ne peut pas attendre de son corps qu’il réagisse bien à ce genre de confrontation si on n’a pas travaillé chaque composante avant (la course, le trail, les obstacles, l’endurance, testé le matériel, etc). 
Bref, on est arrivées aussi prêtes que possible, en ayant eu 2 mois de préparation. A y réfléchir, 3 mois n’auraient peut être pas été du luxe, mais 2 mois ont suffit pour nous donner l’assurance nécessaire. 

Pas peu fière de ma boite décorée (parce que c’est plus facile pour la retrouver dans la zone de transition, mais aussi parce qu’elle est grave cool comme ça.) 

3. Rentrer dans la zone de départ a une saveur spéciale.

Une Ultra implique beaucoup plus de préparation en terme d’entrainement mais aussi d’équipement.
Le jour de la course, on doit venir plus tôt (il fallait être sur place entre 5am et 6am) pour déposer nos affaires dans la zone de transition – C’est une tente à mi parcours, entre les deux tours de course, ou l’on peut se ravitailler (remettre de l’eau dans son camelbag, reprendre des barres énergétiques, changer de chaussures ou de tee shirts si besoin). On a donc eu le temps de s’apprêter, de s’échauffer, et de s’assurer que tout était bien là ou il devait être.

La course a été un peu décalée, et l’on est rentrées dans la zone de départ avec les premiers rayons du soleil. Il faisait beau, pas trop chaud, on était en forme.
On avait pris le temps de s’étaler des paillettes sur les joues – un peu de second degré dans un moment de concentration ne fait jamais demal. On avait aussi revêtu le chasuble violet des coureurs d’Ultra, qui les différencie sur le parcours des coureurs des autres formats (ici, Beast (21km) et Super (10km), qui couraient respectivement le matin et l’après-midi.)
Du stress, des sourires un peu crispés, de la musique très forte qui sort des enceintes, et le même discours de motivation du présentateur : this is your time, this is your moment. C’était la première fois que je m’étais vraiment investie dans la préparation pour une Spartan, et c’était aussi la première fois que je prenais le départ d’une course compétitive avec quelqu’un. C’était un moment spécial, à n’en pas douter.

 

 

4. Il faut être dans l’instant, profiter et s’amuser (sans penser à l’arrivée.)

Quand on fait de la compétition, c’est quelque chose qu’on peut parfois oublier (ou mettre de coté) – mais l’essentiel reste quand même de s’amuser. Ok, on se bagarre pour la première place, et il y aura des moments vraiment difficiles physiquement et émotionnellement. Mais on est là avant tout pour passer un bon moment, se surpasser et profiter de l’adrénaline pour kiffer.
Apprécier ce qu’il se passe, sans essayer de se projeter,  est une vraie bonne façon de se détacher de la peur (de ne pas finir, de ne pas tenir jusqu’au bout, de se faire mal, etc). Et il fallait se rendre à l’évidence :  il faisait beau, les paysages étaient splendides – le parcours passait à travers des terrains très différents, dans la jungle, dans des champs, dans des grandes étendues de terres rouges ou blanches, qui rappelaient les marais salants.
Un détour nous a même fait passer dans une plantation de palmiers, et on a pu se faire arroser au tuyau d’arrosage par un des employés – il faisait une chaleur terrible, et ça reste mon souvenir le plus intense de la course, je crois.
Bref, il y avait du bon à prendre à chaque instant –  et se dire “encore 40km”, ou “plus que 30km” aurait été une bétise. Il faut juste profiter -écouter son corps, mais pas trop, écouter ses pensées, sans les retenir. Rester dans l’effort, parce que dans l’effort, on est bien.

(juste après le départ, quand ça faisait encore les malignes)

5. Il ne faut rien prendre pour acquis (surtout pas les obstacles)

J’ai fait 210 burpees. Ca peut paraitre beaucoup, mais sur 8h, au final, ce n’est pas tant que ça. Cela dit, rater un obstacle (surtout quand on pense qu’on le maitrise) est toujours décevant. 
J’ai raté: 

  • le twister 2 fois – la première fois après avoir parcouru 2/3 des barres, ce qui est particulièrement rageant, la deuxième fois sans même l’essayer, parce qu’il vole beaucoup d’énergie pour pas grand chose)
  • l’Olympus 2 fois – la deuxième se soldant par une demie crise d’angoisse assez formidable
  • Le javelot 2 fois – là dessus, aucun regret, je ne suis pas foutue de viser avec un ballon, je ne vois pas pourquoi je serais meilleure avec une lance
  • Les monkey bars 1 fois – sur le deuxième tour, et c’est une de mes grosses déceptions, je les connais et les aime bien d’habitude, la première est passée sans souci majeur… mais j’étais à court de force, et j’ai lâché, bêtement.

Pour être honnête, la tempête de la veille avait fait tomber 5 obstacles, que l’on a donc eu pas l’occasion de faire – ça a probablement accéléré un peu la course – je ne pourrais pas affirmer avec certitudes qu’ils seraient tous passés, vu l’état de fatigue. 

Je retiens néanmoins qu’il faut que je continue à m’entrainer, y compris sur les obstacles que je pensais déjà “avoir”, on n’est jamais à l’abri. 

 

6. Le temps passe surprenamment vite 

A la fin du premier tour, il a fallu se rendre à l’évidence : ça passait plus vite que l’on ne le pensait. La première boucle s’est très bien passée, parce qu’on ne se précipitait pas : on ne pensait pas vraiment faire un bon temps, alors on faisait juste de notre mieux, sans s’épuiser : en marchant dans les montées, en prenant le soin de mettre et enlever nos gants pour les obstacles (pour éviter que nos mains ne surchauffent, ou qu’ils prennent l’eau).. et la tente des ravitaillement est arrivée plus vite que prévu. Là, on nous a remis le chasuble blanc  “Lap leaders”, les 10 coureurs les plus rapides de la course (10 pour les hommes, 10 pour les femmes.) Savoir que l’on était dans le top 10 à mi-chemin nous a donné un vrai coup de boost, et on est vite reparties de la zone de transition, après avoir rempli nos sacs (et changé de chasubles).

Et ensuite… il ne restait qu’un tour, et on a essayé de tenir et d’en venir à bout, vite et bien. On a perdu un peu la notion du temps, je crois – je vérifiais juste occasionnellement le temps passé sur le parcours, parce qu’il fallait manger toutes les heures, pour être sûres d’avoir assez d’énergie pour terminer la course. Manger n’était pas la chose la plus facile à faire – que l’on soit honnêtes, après 7h à ne manger que des barres de céréales et des gels de sucre, on sature un peu, et mâcher, avaler et digérer devient très pénible. Mais c’était aussi un signe que le temps passait, et qu’on avançait. On avait des mini Snickers de réconfort, qu’on a été contentes de trouver et de dévorer. 

Retrouvez mes conseils nutrition/hydratation pour les évenements d’endurance ici ! 

8h, sur le papier, c’est terriblement long, mais à y repenser, j’ai l’impression d’en avoir passé bien moins sur la course. Les journées au bureau me paraissent être une éternité, en comparaison.

7. La communauté Spartan donne des ailes (quand il y en a besoin)

Plus on court de Spartans, plus on rencontre de gens. Et plus, du coup, il y a des visages familiers sur la course, ou dans le public, ou parmi les volontaires. Des gens avec qui on a déjà couru, ou contre qui on court. Ceux qu’on va accrocher pour garder un rythme, ceux qu’on va poursuivre pour remonter dans le classement. Et pour autant, c’est une énorme famille, ou tout le monde se sourit et se sert les coudes. On s’arrête si quelqu’un se fait mal, on se tape dans la main quand on se croise. On se sourit, parce qu’on est dans le même pétrin, qu’on fait ça tous ensemble. Je n’avais jamais connu ça dans le sport auparavant, et sur une course aussi longue, chaque sourire, chaque encouragement a joué un rôle crucial – j’aimerais pouvoir les remercier un par un, en vérité.

 

8. Les “murs” pendant une course ne sont pas un mythe 

On n’avait jamais couru de très longues distances – pour ma part, plusieurs 10km, quelques Beast (donc 21-23km), et un entrainement de 35km. Et c’est tout. On n’avait donc aucune idée d’à quoi s’attendre, et pour avoir parlé à des marathoniens, il était question d’heurter “des murs”, des moments dans la course ou vous sentez que vous ne pourrez pas aller plus loin – et qu’il faut surmonter pour pouvoir continuer.
Et j’ai découvert.. que ce n’était pas un mythe. La première boucle de 25km n’a posé aucun souci, le début de la deuxième était plus pénible (en plein soleil, 37 degrés, des longues lignes droites à courir sans obstacle), et vers 40km, l’envie d’abandonner. On n’en avançait pas, il faisait trop chaud, tout faisait mal. On se relayait pour se pacer, chacune poussant l’autre quand le besoin s’en faisait ressentir.  Et ça m’amène au prochain point…

 

9. La tête prend le relai quand le corps ne suit plus. 

Que l’on soit entrainé ou non, il arrive un moment ou l’on en peut simplement plus. A partir du 40ème kilomètre, j’avais mal aux deux chevilles dès que je trottinais. Le soleil tapait si fort que j’avais fini ma réserve d’eau trop vite, et je voyais les 10 derniers kilomètres comme au delà de mes capacités physiques.  Ma coéquipière avait mal aux hanches et une barre sous l’estomac. 
Il restait aussi 2 volées d’obstacles, et il était probable que l’on en rate certains, juste à cause de l’épuisement
Et puis.. la tête a pris le relai. On s’était promis de finir ensemble, et on allait finir ensemble. On avait vu personne depuis un moment, donc notre classement était quasiment assuré, pour peu que l’on passe la ligne d’arrivée. 

Ce n’était pas vraiment une histoire de médaille, c’était une histoire d’accomplissement – et puis, on voulait courir plus que la distance d’un marathon, par fierté, parce qu’on sait l’une comme l’autre que le marathon n’est pas une discipline pour nous. Qu’en passant la ligne d’arrivée, on pourrait dire “je n’ai jamais couru de marathon, mais j’ai couru 50km pendant une course d’obstacle”.

D’autre part, le feeling que l’on ressent quand on vient à bout d’une épreuve très difficile (comme je le raconte pour la Hurricane Heat) est incroyable. L’adrénaline, la confusion, le choc émotionnel de sortir de quelque chose qui paraissait interminable. Je voulais ça, plus que tout au monde. Et puis on a continuer à trottiner, sans se plaindre. Il fallait juste que l’on arrive. 
Sur la dernière volée d’obstacles, l’orage qui menaçait depuis un moment commence à éclater : il y a des éclairs au loin, du vent, l’orage tropical va tomber. Il y a quelque chose de très dramatique, de magnifique, d’intense à finir en voyant le ciel exploser. 

 

10. Le sentiment à l’arrivée est très différent des autres courses

Ca faisait 8heures, 17minutes et 5secondes que l’on était parties. Et à un moment donné, on saute par dessus un feu, on passe la ligne d’arrivée, et tout s’arrête. On n’a plus à courir. On nous coupe le bracelet avec la puce de tracking, on nous emmène chercher les médailles. C’est fini. Ma coéquipière s’allonge sur un carton par terre, pour s’étirer. J’essaye de me bagarrer pour connaitre nos temps, récupérer les tee shirts. Les muscles refroidissent à une vitesse folle, et je tremble de froid. La pluie s’abat d’un coup, il faut aller chercher les boites à la transition. On attend les résultats. 
On finira 2ème et 3ème du classement féminin, derrière une adorable coureuse élite qui viendra nous féliciter  1ère et 2ème de notre age group, 7ème et 8ème en age group, tout age et sexe confondu. On a fait une très belle course, pour une première. 
On est épuisées, mais loin d’être aussi mal que l’on ne l’attendait. Evidemment, tout fait mal, mais il n’y a pas ce sentiment de “plus jamais” que l’on peut ressentir parfois après une course vraiment difficile. 


En conclusion:

J’ai passé un très bon moment, je crois – malgré la douleur et les moments d’incertitude – et je pense que ma coéquipière aussi. J’espère vraiment qu’on en refera une ensemble – je sais que ce ne serait pas pareil seule. Je ne sais même pas si j’aurais le courage de continuer une fois la limite physique atteinte, si je n’ai pas quelqu’un pour partir légèrement devant et se remettre à trottiner. C’était une expérience à part, de la préparation à l’arrivée. 

Je sais aussi qu’il nous faudra un peu de temps pour s’en remettre complètement – les courbatures sont déjà parties et les bleus disparaissent tranquillement, mais les articulations tirent encore un peu et les performances à la salle de sport ne sont toujours pas optimales. Ca fait partie du processus, c’est normal, et ça nous donne le temps de réfléchir au prochain objectif. 
Pour ma part, j’aimerais monter sur un podium de Spartan Race en 2020, sur une Super ou une Beast. Je vais devoir travailler la course, que je détestais tant, et perfectionner ma technique sur les obstacles. Mais maintenant que l’on a couru celle là, les autres me font moins peur. C’est peut être pour ça qu’il faut toujours chercher un peu plus loin et sortir de sa zone de comfort : on apprend à se faire confiance, on se dépasse, et on s’améliore.

 

A bit of context (for those who don’t know me yet): I’m a 27 French part-time PT & SGX Coach, living in Singapore. I also happen to be a 5″2, 43kg individual.
IG: @thefitnesstheory

The Sarawak’s HH12hrs (HH12MY001) was my 3rd Hurricane Heat. I took part in 3hrs & 4hrs editions in Singapore in 2018 and 2019. 
I wrote these lines on the Monday morning that followed the HH weekend– the day after the event and I hadn’t managed to get much sleep yet. I wanted – or rather needed – to write about my experience while the memories were still vivid, and before having taken the time to really think about it. 

 

All photo credits: Abyss.life – Thanks for following us all night!


 

I know that many readers won’t understand “why” 34 individuals would voluntarily spend a night like the one I’m about to describe – and even less, why would they pay for it.
We all have a very personal reason to do it, and of course, it’s not for everyone. I’ve seen people register and give up, and I can not blame them: it’s draining both physically and mentally, and participants often end up in the darkest corners of their own head. It’s a very unique experience though.

Hurricane Heats are events organized by Spartan Race, under the branch “Extreme Endurance“,  and that are nothing like traditional Spartan Races.
The duration and format may vary, but some factors would never change:
They aren’t technically “races” – there is no distance to cover (you will find out only once you have done it), no finishing line, no glory. There are points to be earned, either individually or as a team – get enough of them and you’re entitled to “graduate”. They usually won’t tell you how many you need though – you play without knowing all of the rules, and it means you need to decide first on how much you are ready to put in.
They are supervised by Krypteias – people who are the ones in charge of giving instructions, counting points & testing limits of the “students” – they make sure you stay outside of your comfort zone, which is by all means necessary (and yes, it might imply they may not be nice to you and you may be shouted at).
Finally, most challenges are deliberately absurd and incredibly difficult: you’ll have to lift heavy things, crawl in the mud, run back and forth – and repeat the whole thing hundreds of times, without any rational reason – you’ll be given orders to which you’ll simply obey (although, most of us wouldn’t accept senseless orders in real life).
Learning is also a part of the journey, but you only learn as much as you’re willing to put in, I guess.
There are only 3 ways that the event ends for each of the participants:

  • Medical or voluntary drop out (DNF – Did Not Finish)
  • Time cap for the whole event, without having gathered the necessary number of points (DNG, or Did Not Graduate)
  • Time cap for the whole event, having gathered enough points, in which case you “Graduate”.

There’s no other option, and it’s part of the initial pressure. 

Now that you (sort of) understand the concept, here’s my views on HH12MY001 – unfiltered, and pretty raw. 

Gearing Up Before the Storm

Unlike a normal race, there are a lot of things to be thought through before the D-Day. There’s a mandatory Gear List – which includes the military standard items like paracord, tape, compass, knife etc., some dead weight (here, 8kg for ladies, 12kg for men), and always some special items – 2 red bricks for HH12MY001’s Event. My deadweight of choice was liquid cement flattened in the bag – sometimes you gotta get creative with that stuff.
Add this to 4L of water & ‘food’ (energy bars, gels, gummy bears) – my bag weighed about 23kg – and I had an anxiety attack the first time I tried it on in my hotel room before the event. You could say I’m quite petite and the perspective of carrying a bag half my weight for 12hrs was just petrifying.

 

Here comes the storm.

The start time was 7 pm, and it was expected to run until 7 am the next day. A sleepless night in the jungle, with 33 other participants – you can’t really prepare for this in any way.

We gather at the meet-up point. There are some familiar faces, seen before at Spartan races or during HH, and quite a lot of new ones. I know for a fact that we won’t remain strangers for long, as we’d need to collaborate and get to know each other very soon.
I am the youngest, it seems. The tiniest too. 

It’s time to get ready – we hand out our waivers, get our dead weights checked and weighted.
We’re nervously joking around – we know we signed up for something that makes no sense to most people, and yet, here we are, waiting together for the “storm” to come.

The event begins with a briefing: a quick presentation of the Krypteias in charge, a vague summary of what’s going to happen (spoiler: there was literally no info in there) and a reminder of the values & learnings we’re supposed to get from the event.
They are represented by the “Warrior Ethos” – 4 sentences that we will spend the night repeating out loud in chorus (well, ‘shouting out’ is probably a more appropriate term)

I will always place the mission first
I will never accept defeat
I will never quit
I will never leave a fallen comrade

We’ve got our bricks, we’ve got our gear & bags, we’ve got our headlamps and reflective vests on since it’s getting dark already. Let’s begin.

 

The first 6 hours. 

I think you never fully understand the value of time before having to do anything for 12 hours in a row. You wouldn’t accept to party or lay down on the beach for 12 hours straight if you knew there was no way out. 

The “warm-up” part (a section called “Battle Ready”) is pretty easy – I’m relatively fit and well trained, being an SGX Coach & personal trainer myself. Some PT-styled exercises (squats with bricks, push-ups, etc.), some running, nothing too scary – I feel great.
We also learn a traditional technique of Borneo, the Malaysian region where the race is taking place: how to shoot arrows with a blowpipe, on targets. It’s relatively easy, we’re still fresh and the night hasn’t settled in completely yet. They warn us: we’ll need to remember how to do that ‘technique’ later on.

To check that all of us have every item on the gear list right, Krypteias make us unpack and repack our stuff a dozen times. All of the equipment needs to be easily accessible and organized in a sensible manner. I learned by the past events that you need to be in control of whatever you can actually control – unforeseen shit will happen anyway, and the more prepared you are, the faster & the better you can react to it

In one of the front rows, I can see Olga, a friend from Singapore and a fellow SGX coach. We spent hours talking about the best bag to get, and here we are – standing there with 23 kg loaded in those bags ‘of choice’. We’re joking aloud as we promised to try & keep smiling until the end.

 

The challenge that comes next, called “Movement Under Fire”,  takes a violent toll on the participants’ mental composure. Try picturing a meandering route, covered in thick mud, rocks and pebbles. I can’t remember the actual distance, but can recall the moment they indicated where the halfway point was, I thought, “This is shit and this is way too long.” Maybe 50 meters.
We are given a partner, and we have to tape one of our hands together with duct tape. Then we are told to Bear Crawl all the way to the halfway point and back. If we can make it back within 40 mins, we get 2 points, within 50mins, we get only one – 0 point otherwise.
I don’t know what’s the hardest part: the idea of doing something painful and repetitive tied to a stranger, not knowing how long it will take, or doing all of this with a 25kg backpack on. 

We get started anyway. I’m now wrapping black tape around the wrist of a pretty frail girl, Alison, who does not really know what she signed up for. It is her first HH, and obviously, she wasn’t expecting any of that. The bear crawl part really hurts, and I have to cheer her up when she slows down – partially because I’m a bit worried for her, but also because my points depend on her will and effort, and vice versa. I try to keep my hand under hers, so the rocks stop cutting her hand open. We were chatting when we started, but now, she’s silent.
34 min later, we’re done, and we receive 2 straws each. I am trying to get rid of the tape using my knife with my hands still shaking, and it slides pretty deeply in my thumb. My heart beats too fast, the blood starts flowing, and I see it dripping on my bag. I try to calmly call for help. Someone rinses it with water, and a participant and a volunteer help me cover it (all with just the light from our headlamps). I would probably have fainted in any other conditions, but that just wasn’t a good time.

I’m stuffing my face with some cereal bar when they tell us it was just the first part. We have to go the exact same route again but this time in Crab Walk, with a new partner tied to one of our ankles. This is the most depressing thing I’ve ever heard.
It sounds slightly easier, but we realize quite fast it just sucks as much. The weight of the bags drags our butts down, our elbows and wrists have to support us. My new partner is a bit older – and she’s in pain. It takes us forever, our shoulders and backs are killing us – but Olga starts singing some random songs, and we sing along.
49 minutes later, we cross the finish line and earn only 1 point. The team that arrives right after us gets none, and I begin to realize how long the night will be. It’s only 11 pm. 

 

 

The next event, “Seek and Salvage” is a team challenge, and I volunteer to be the team lead of 10 strangers. I’ve recently learned to use a compass, and it seems it was a useful skill to get: we’re supposed to go to the jungle carrying a tire and following instructions given in bearings, to get something, and come all the way back. We were asked to choose a Team leader (we got three teams formed), and I get appointed as the one for my team, Olga is also leading her team, and I know she’ll do a fantastic job.

 

 

My team is rather fragile. Most of them are friends from before and signed up on a whim. They have no intrinsic motivation, no will to challenge themselves – they just wanted to have fun, and quite obviously, they aren’t having fun at all. I smile to myself, thinking of the beers they should have been drinking instead of listening to the instructions of a tiny red-haired girl in the jungle at night.
We complete the challenge without any major issue – we bring back the tire & some concrete blocks we found up there back to the base camp.  On the way, the team spirit is starting to build, and we are now singing and cheering together. We all earn 1 point.
You need 4 points to get a brick, which you must carry with you afterward adding to the total weight – but every brick is a step toward graduation. My bag then gets a bit heavier, and for the very first time, it makes me happy.

We have half an hour to recover, as our team was the first to come back. I do my best to have a chat with everyone, asking how they feel, why they’re here. I remember the people who talked to me during my first HH, and the difference they made. If no one knows you, you feel like you can give up, and no one will notice. But if someone learns your name, knows your face & your story, then you become part of the team, and you do everything you can to push through.
Everything hurts. One of our teammates is falling asleep now – others are opening and sharing bags of nuts. It’s past midnight, and I start feeling really cold. I dig in my bag, take out a jacket, eat some cereal bar and chug some energy gels – does not really make much difference and I am still shivering. I go for a run to warm myself up. It is a dark night, and apart from our group, and our reflective vests, there is nothing to see around. 

The 6 hours that followed.

The next event, “Obstacle Assault” is individual and takes place on the actual Spartan race course. We’re shown a circuit of 6 obstacles – A-frame, slip wall, Hercules Hoist, Multi Rigs, Rope Climb & Spear Throw. We must run from obstacle to obstacle with the bags on, put the bags down, pass the obstacle (or do 30 burpees penalty), and resume running. Each loop completed gets us 1 point.
That was probably my favorite part – I’m decently good at obstacles, being a regular Spartan racer. The few bits of optimism I’ve got left tell me it would also be very good training for my upcoming races.

 

It’s 3am on my watch – it feels like this damn clock is stuck. We’re not told how long the event will last for, so we go for a loop, get our point, and go back again. And again. And again.
I don’t really know when I started losing my mind, but I’m now singing & mumbling to myself – none of it makes sense.
From somewhere further, I can hear Olga exploding with joy: she managed to score her very first spear throw. I’m proud of her.
After my 5th lap, my grip weakens and my strength is gone – I miss the Hercules Hoist once, and I start crying. On the next lap, I miss the last ring of the multi-rig, and from that point, I won’t stop crying at all.  I still manage to get my 2nd ‘award’ brick, which brings my bag back to its initial weight. I don’t feel anything anymore.

Then a new team challenge, “Raise the Flag” starts. There are 32 weights on the Hercules Hoist, and we are now 33 participants. We need to get all of the weights up to the top, and keep them there for 10 minutes straight (with zero gap allowed between the very top and the weight bag). Everyone is exhausted, some want to give up, refusing to put the slightest effort in. A lot of frustration surfaces now, and we can’t coordinate. I guess you see who people really are when they get too far away out of their comfort zone.
We waste a lot of energy and an hour and a half – we run out of time. I tried, most of us tried, but some simply gave up mid-way through the challenge – and no one gets any points. People are swearing, some have really badly ripped blisters on their hands. It’s 5am, I think. 

 

Then, we go for a run. Jogging skills of the participants are uneven, and it’s hard to stick together as a group and ‘close up’ all the gaps between the people, but no one complains anymore. It lasts for maybe half an hour, and the sun starts to rise, the sky turns pink and blue, and it’s beautiful. 

The supervisors then get us in line, and we recite the warrior Ethos for what seems to be the 100th time. They have water hoses, and point them in our faces. I would have probably found it rather humiliating, if I wasn’t finding it so funny.  After the night spent crawling in the mud, the fresh water on my cheeks feels very good.

Our last chance to get points in an event called “Go for Glory”. An individual challenge as well, with a circuit including more running, push-ups, burpees, jump squats, mountain climbers … and the blowpipe & arrows – the technique we had learned what seemed to be ages ago, at the very beginning.

I have completely run out of energy, and I am now dragging my body and my bag from one station to another. Every push-up tears my shoulders apart, every jump lunge rips my thigh off. After several rounds, I get my 3rd brick, and I keep going. I am mechanically counting the burpees I’ve done since the start, just to focus on something else than the pain. 350. I hear someone saying ‘I’ve done at least 500!’. 

 

And all of a sudden, it’s over. 

The sound of a whistle blasts out, and we are called to gather at the base. We’re done. Probably the weirdest feeling ever.
Those who earned 3 or more bricks graduate. That’s about half of the participants. The others are considered “DNG”, and won’t receive a medal. They have suffered, learned, and pushed through the event – they just didn’t get enough points.
The Krypteias address the final speech, reminding us that one can’t win every time. That we need to stay humble, to keep learning. We then proceed to the Award ceremony.
I get in line and receive my medal, it’s 7:30 in the morning. I’m shaking, disoriented, exhausted and hysterical. We take some group pictures, fall into each other’s arms. On every muddy face, a smile is back. Some tears as well. 
I’m going for a shower, wandering in the now lively race village, packed with athletes getting ready for the Beast Race. But our ‘race’ is over.

 

What is there to take out from this?

I said that before, but all have a very personal reason to sign up and push through. Some might want to test their physical or mental limits, experience the pain we spend our lives avoiding. For others, there may also be a need to confront absurdity and find out how they react to it. What is life, apart from a succession of random events? We perpetually have to deal with unforeseen & complex situations, go through hard times sometimes, and if we know ourselves well enough to understand how we react under pressure, when afraid, or in pain, we can make better decisions, if you ask me. 

My very own reason? It makes me feel alive. The pain, the adrenaline, the stress.
I have a very busy life, but most of it is routine, and being (quite violently) pulled out of my comfort zone makes me feel more alive than anything else.

Of course, I learn a lot every time I take part in an HH:  I’m better at getting myself organized, managing my emotions, leading others & following instructions. I somehow made pain my friend, and do my best now to help others deal with theirs.
During HH12MY001, I suffered from cold, hunger, dehydration and exhaustion.  I have wounds & bruises everywhere, my entire body is sore from fingers to toes. I might not be able to sleep well for a while, but recovery is part of the process.
Every Hurricane Heat touches something deep inside of me. Because it’s nonsensical and unnecessary, because it hurts and it’s a step above my physical abilities – it helps me get stronger, both physically and mentally. It highlights the gaps, the weaknesses, and I know what to work on next.
I was more prepared this time than ever before, and I’ll train as much as possible to make the next one a bit easier again.
Of course, there will be a next time. I don’t want to think of it now. First, I need to clean up my bag from the cement that has eventually spilled inside, probably get a glass of wine and give myself some time to reflect.


Then I’ll sign up again.

Finally, a huge THANK YOU to the team, krypteias, volunteers and the students. It was a night to remember, that’s for sure.

 

Pour commencer, je dois vous dire que la Hurricane Heat 12hrs de Kuching en Malaisie n’était pas ma première,  puisque j’avais déjà participé à des versions plus courtes, 3 et 4h, à Singapour. (J’ai aussi participé à des Spartan Races standards, qui sont très très différentes des HH. Je raconte ici mes expériences de première Spartan et de Trifecta Weekend, c’est à dire 3 courses en 2 jours)

 

En m’inscrivant pour une épreuve de 12 heures, j’étais consciente que j’allais devoir fournir plus d’efforts et aller chercher plus loin physiquement et mentalement, pour tenir. J’avais envie, ou plutôt besoin, de raconter l’expérience à chaud (j’écris ceci le lendemain de la fin de la course, après une nuit de sommeil assez compliquée), de mettre des mots sur l’espèce de mélange d’émotions intenses que j’ai ressenti (et que je suis toujours en train d’analyser.)

Je sais que beaucoup ne pourront pas comprendre le “pourquoi” de ce genre d’épreuves, ni la motivation qui m’a poussé, moi et 33 autres individus, à s’inscrire à cet évènement, et à passer une nuit entière de la sorte. On a tous une raison très personnelle de le faire, et évidemment, ce n’est pas pour tout le monde. J’ai vu des gens abandonner lors des éditions précédentes, et je ne peux pas leur en vouloir : c’est drainant à la fois physiquement et mentalement, et on se retrouve souvent dans les recoins les plus sombres de sa propre tête. Pour autant, c’est une expérience incroyable, et si je ne pousse personne à le faire, j’aimerais vous partager ce que j’ai vécu. 

Déjà, les Hurricane Heats, c’est quoi?

Ce sont des épreuves organisées par Spartan Race, sous la branche “Extreme Endurance”. Les formats varient: 3h, 4h, 12h et 24h dans la majorité des cas.
Je vais essayer de résumer au mieux le concept, mais chaque évènement est très différent du précédent (et ils varient aussi en fonction des régions, les HH en Russie ou aux USA ne se ressemblent pas non plus).
C’est une sorte d’épreuve de “survie” militaire constituée de plusieurs épreuves, plus ou moins longues, ou des encadrants (qu’on appelle Krypteia) donnent des instructions, comptent les points, et testent les limites des participants.

 Le format varie, mais il y a des constantes : les épreuves sont volontairement absurdes et sans sens rationnel : il faut souvent porter des choses très lourdes, se rouler dans la boue, courir (le tout des centaines de fois, sans raison apparente) bref, obéir aveuglement à des ordres que l’on accepterait jamais “dans la vraie vie”.
Il y a aussi des choses à apprendre (des nouvelles techniques, l’esprit d’équipe, etc), et il faut accepter la douleur, physique et mentale, puisque tout est fait pour pousser les participants (appelés “étudiants”) dans leurs retranchements (par des invectives, des humiliations, des remontrances). .

Ce n’est pas une course, puisqu’il n’y a pas de distance à parcourir, c’est un événement limité dans le temps. Il y a par contre des points à gagner, individuellement et en équipe, qui permettent d’accéder ou non à l’obtention du titre de “graduate”, c’est à dire recevoir la médaille et le dog tag, qui est une manière de dire que l’on a “réussi” l’épreuve globale.

Les taux de réussite varient, et les règles ne sont jamais vraiment données à la base : on ne sait pas combien de points il faut pour “graduate”, et il faut donc s’accorder avec soi même sur combien d’énergie et d’efforts on veut mettre. 

Je vais essayer de vous raconter mon expérience de la Hurricane Heat 12 heures de Sarawak (19 Octobre 2019), et j’oublierai surement des détails – vous penserez aussi peut être que ça n’a aucun sens de se mettre dans ce genre de situations (et de payer pour ça).
Je vais essayer de faire l’introspection nécessaire pour partager ce que j’ai appris, mais ce que vous allez lire va peut être laisser plus de questions que de réponses (je voulais vous prévenir, surtout pour mes amis et ma famille qui liront ça ensuite !)

photo après l’évènement et avant la douche, avec la fierté de la médaille et la mort dans les yeux. ^^’

Avant l’HH, la préparation

Contrairement à une course normale, il y a énormément de choses à prévoir avant le jour J. On reçoit une longue liste de matériel & équipements à avoir, qui inclue les standards militaires (de la paracorde, de l’adhésif résistant, un couteau de poche, une boussole, un marqueur, un kit médical de base, une bâche étanche, etc).
Pour cet évènement là, il y avait aussi 2 items plus encombrants : 8kg de poids mort (12kg pour les hommes), sous une forme au choix (j’ai opté pour du ciment en poudre, puisque c’est un matériau compact et facile à modeler, mais qui risque de prendre l’eau et de s’alourdir) et 2 briques de construction classique. On était aussi chargés d’amener 4L d’eau chacun et de quoi s’alimenter (nourriture + électrolytes) pendant 12 heures. Mon sac au final faisait environ 23kg, et si je dois l’avouer, j’ai fait une crise d’angoisse en le mettant la première fois sur mes épaules pour l’essayer avec le poids à l’intérieur : je fais 43kg, et 23kg avec la perspective de le porter pendant une demie journée complète était terrifiante.

 

Jour J: Quand il faut y aller… 

C’était ma première HH de nuit : de 19h à 7h du matin (il faut savoir que l’horaire de fin n’est jamais vraiment fixe, il peut être étendu si “besoin”). Une nuit complète donc, sans dormir, sans dîner, avec 33 autres participants.
Des visages familiers, déjà croisés sur des courses ou des HH, et des inconnus. On ne reste jamais inconnus très longtemps, puisqu’on doit collaborer assez vite. Je suis la plus jeune, on dirait. La plus petite aussi. 
Après s’être retrouvé au lieu de rendez-vous, on se prépare, on rend nos décharges et on fait vérifier nos poids morts, ceux qu’on va traîner jusqu’au lendemain matin. On rigole aussi pas mal, parce qu’on sait qu’on a signé pour quelque chose qui n’a pas de sens pour la plupart des gens.

L’évènement commence par un briefing : qui va encadrer, qu’est-ce qu’on doit en attendre, et des rappels sur les valeurs promues. Il y a un “Warrior Ethos”, 4 phrases qu’on passera la nuit à répéter (à crier, en vérité) quand on nous les demande :

I will always place the mission first (Je ferai toujours passer la mission en premier)
I will never accept defeat (Je n’accepterai jamais la défaite)
I will never quit (Je n’abandonnerai jamais)
I will never leave a fallen comrade (Je ne laisserai jamais un camarade derrière). 

On a nos briques, on a nos sacs, on a nos lampes frontales et des gilets réfléchissants puisqu’on part dans l’obscurité totale, et il est temps de commencer.

Les 6 premières heures. 

Je crois que l’on ne saisit jamais complètement la valeur du temps avant de devoir faire quoi que ce soit pendant 12 heures d’affilée. Il y a, comme précisé plus haut, 3 façons que l’événement s’arrête pour un des participants : l’abandon (médical ou volontaire), la fin du chronomètre, sans avoir réuni le nombre de points nécessaires (on dit que l’étudiant a “complété” l’événement) et la fin du chrono avec les points nécessaires (on dit que l’étudiant peut “graduate” et recevoir la médaille.) Il n’y a aucune autre possibilité. Ca fait partie de la pression initiale.

Contrairement aux HH précédentes, les épreuves “d’échauffement” étaient plutôt faciles – je suis relativement fit et entraînée, un peu trop légère pour porter le sac correctement (j’ai d’ailleurs investi dans un sac avec une ceinture lombaire, décision que j’ai béni toute la nuit ensuite), mais apte à courir et à faire des exercices de renforcement (squats avec des briques dans la main ou non, pompes, etc) pendant 1h30 sans souci. 

On apprend une technique “traditionnelle” de Bornéo, où la course a lieu : tirer des flèches à la sarbacane, sur des cibles. C’est assez facile parce qu’il fait encore jour et qu’on est frais. On nous dit que ça servira plus tard. 

Ils nous font déballer et remballer nos sacs une dizaine de fois, pour s’assurer qu’on a tout l’équipement nécessaire, facilement accessible, et que l’on a packé notre sac de manière intelligente. J’ai un couteau sans protection parce que je n’ai pas pu prendre l’avion pour la Malaisie avec un couteau papillon, j’ai trouvé ça dans un magasin de cuisine et je sens que c’est dangereux, mais je n’ai plus le temps d’y réfléchir.
Je plaisante avec Olga, que je connais de Singapour. On se promet de se serrer lescoudes et de garder le sourire jusqu’à la fin.

Le deuxième “challenge” est celui qui attaque le plus violemment le moral de la plupart des candidats, je crois. Il faut imaginer un circuit dans le noir, dans de la boue épaisse et pleine de cailloux, de 50m environ (aucune idée de la vraie distance, je me souviens juste que c’était long.) On nous demande de nous attacher prendre la main d’un des participants, de scotcher ensemble nos deux poignets, et de couvrir la distance (aller retour) en Bear Crawl (c’est à dire à quatre pattes, avec les genoux décollés du sol). Si on termine en 40min, on reçoit 2 points (des pailles), en 50min, 1 point, et sinon, 0 point.
La difficulté de la tâche et l’idée de passer au minimum une demie heure à faire quelque chose de douloureux et répétitif attaché à un inconnu, le tout avec un sac de 20kg dans le dos, rend le tout assez pénible.
On le fait quand même. Je suis avec une nana assez frêle, Alison, qui ne sait pas trop pourquoi elle s’est inscrite. C’est sa première, et visiblement, elle ne s’attendait pas à ça. On a mal, je dois la pousser un peu quand elle veut s’arrêter (parce que mes points dépendent de sa volonté et de ses efforts, et inversement). J’essaye de mettre mes doigts en dessous des siens, pour qu’elle arrête de s’ouvrir le dos de la main à chaque pas. On termine en 34min, et on reçoit 2 pailles. En coupant l’adhésif avec mon couteau, je m’ouvre le pouce. Mon rythme cardiaque est trop rapide, le sang coule à flots, et j’essaye de rester calme en appelant l’équipe de medic, qui me rince à l’eau et me colle un pansement de fortune. Je m’étais promise d’abandonner si je faisais un malaise. Je ne fais pas de malaise, bois un coup d’electrolytes, mange une barre de céréales. Ca va mieux.

On récupère et la douleur commence à passer. On apprend alors qu’il va falloir refaire l’exact même parcours, mais en Crab Walk, c’est à dire en s’appuyant sur ses pieds et ses mains, les fesses côté terre (évidemment, toujours avec les sacs), avec un participant attaché par la cheville cette fois. C’est plus compliqué, ça fait très mal aux poignets et aux épaules. J’ai le coude et le bas du dos ouverts avant la première moitié du parcours. Ma nouvelle co-équipière est plus âgée : elle a 45 ou 50 ans, ses genoux et son dos la font déjà souffrir, et on peine à avancer. On finira en 49min, pour 1 point seulement. L’équipe qui arrive juste après nous ne récupère aucun point, et je commence à sentir que la nuit serait longue. Il est seulement 23h.

L’épreuve suivante est un défi d’équipe, et je prends le lead de 10 inconnus, tous ou presque venus de Malaisie. J’ai appris récemment à utiliser une boussole à degrés, et ça tombe bien, c’est un défi d’orientation – il s’agit d’amener un énorme pneu dans un endroit précis, récupérer des briques, et revenir. Olga aussi a une équipe à elle, et je sais qu’elle fera du bon boulot. 


Mon équipe est plutôt fragile, ils se sont inscrits pour le fun, et ils regrettent clairement la décision. Ils n’ont pas de motivation intrinsèque, pas d’objectif de se dépasser, ils voulaient juste s’amuser, et clairement c’est raté. Je souris en pensant aux bières qu’ils auraient du être en train de boire, au lieu d’écouter mes instructions dans la nuit. La jungle en Malaisie regorge d’insectes, d’araignées, de vers luminescents, de fourmis géantes, de moustiques. Le genre de choses qui me paralysait avant. Ca fait longtemps que j’ai arrêté d’avoir peur, de ça en tout cas.

On réussit le challenge sans souci majeur, on ramène le pneu et des cubes de béton en lieu sur, et on construit un esprit d’équipe : on chante dans la nuit pour se réconforter, c’est assez bon enfant. On gagne tous 1 point. Il en faut 4 pour avoir une brique, que l’on doit porter ensuite, mais qui est un token vers la “réussite”.  Je gagne donc un peu de poids dans mon sac. Je dépense beaucoup d’énergie à aller discuter avec mes camarades, à leur demander de me raconter leur histoire, à les encourager. Je me souviens des gens qui m’ont parlé pendant ma première HH, et ça avait fait une vraie différence : si personne ne te connait, tu te dis que tu peux abandonner et que ça ne changera rien. Si tu expliques tes motivations à quelqu’un, et qu’on apprend ton nom et ton visage, alors tu deviens partie de l’équipe, et tu fais de ton mieux pour rester.
J’essaye de ne pas me concentrer sur ma douleur à moi.
On a une petite demie heure pour récupérer ensuite en attendant les autres équipes, et un de mes coéquipiers, qui avait terriblement mal au dos, s’endort. Je crois qu’il abandonnera par la suite. Il est minuit passé, et je commence à trembler de froid. J’enfile tout ce que j’ai dans mon sac, j’essaye de m’alimenter à coups de barres de céréales et de gels de glucides. Rien à faire. Je pars courir un peu pour me réchauffer. Il fait nuit noir, et à part nous, dans nos gilets réfléchissants, il n’y a rien.

 

Les 6h d’après.

L’épreuve qui suit est une épreuve individuelle, et elle se passe sur le terrain de course de la Spartan qui a lieu ce weekend. On a un circuit de 6 obstacles – un mur en A à escalader, un mur à descendre à la corde, des sacs à lever à l’aide de poulie (Hercule Hoist), une série d’anneaux (multi rigs), une montée de corde lisse, et le lancer de javelot. On doit courir d’obstacle en obstacle avec les sacs, poser les sacs, passer l’obstacle (ou faire 30 burpees en cas d’échec) et repartir. Chaque tour donne 1 point. C’est l’épreuve que j’ai préféré, parce que c’est quelque chose pour laquelle je suis relativement douée, et qui m’a permis de m’entrainer pour des courses suivantes : ces obstacles là ne me feront plus jamais peur, si je peux les faire dans la nuit noir, épuisée, avec juste une lampe frontale. Il est 2 ou 3h du matin à ma montre, j’ai l’impression que le temps ne passe pas. On ne nous dit pas combien de temps l’épreuve dure, alors on fait un tour, on récupère le point, et on recommence. Encore. et encore, et encore. Je ne sais pas trop quand j’ai commencé à perdre un peu la tête. Je réalise que je chantonne toute seule, des trucs qui n’ont pas vraiment de sens, pour me donner du courage. Olga est toujours de bonne humeur, alors on blague à voix haute, pour aider le groupe à dédramatiser. Ca fait 2h qu’on fait la même boucle d’obstacles infiniment. Au 5ème tour, je perds en grip et en force, j’en rate plusieurs. Je commence à pleurer. 
Je gagne tout de même ma 2ème brique, ce qui me ramène à mes 25kg de sac de départ. Mon dos et mes genoux tirent, je n’ai plus aucune force dans les épaules, mais je suis un pas plus près de la médaille. 

S’en suit une épreuve d’équipe, ou il faut lever au maximum tous les poids de l’Hercule Hoist en même temps (il y a 32 poids et on est désormais 33 participants) et les laisser en l’air pendant 10min. Il est 4 ou 5h  du matin, les gens sont épuisés, les esprits s’échauffent, et on ne parvient pas à se coordonner.  On entend en boucle des encadrants que l’on est incapables, que l’on ne peut pas réussir parce que l’on ne réfléchis pas assez, que l’on a pas ce qu’il faut – et ça commence à porter ses fruits. Certains sont sur le point d’abandonner, refusant de faire le moindre effort – ce qui, évidemment, agace les autres, qui veulent encore gagner des points. On perd 90min, pour au final échouer. La plupart des participants sont à bout, physiquement et nerveusement.

On part ensuite courir, avec les sacs, pendant 30min. Les capacités des participants sont inégales, et c’est dur de garder le groupe soudé, mais personne ne se plaint plus vraiment. Le soleil commence à se lever, et le ciel est rose et bleu, et c’est magnifique. La vie revient 

Les encadrants nous alignent ensuite, pour nous faire réciter le warrior Ethos pour la 100ème fois au moins. Ils ont des tuyaux d’arrosage, et nous arrose allègrement d’eau froide, sur le corps et sur le visage, pendant qu’on anônne nos 4 phrases. Ca aurait été très humiliant si je n’avais pas trouvé ça drôle. Après la nuit passée à me rouler dans la boue, l’eau fraiche sur les joues fait du bien.

La dernière épreuve pour gagner des points est un circuit, avec des burpees, des jump squats, des pompes, des mountain climbers, et ..des tirs à la sarbacane, technique apprise en début d’aventure. Ca aurait du être la partie la plus simple, mais je suis épuisée, je suis arrivée à court d’énergie et de force, et je n’arrive plus à rien. Je passe presque 2h à pleurer en finissant les tours un par un. Chaque pompes me déchire les épaules, chaque fente sautée m’arrache les cuisses. Je récupère une 3ème brique. J’essaye de compter les burpees que j’ai fait depuis le début de la nuit, pour m’occuper. 330 au moins, certains participants en sont déjà à 500. 

Et à la fin, ça s’arrête. 

Un coup de sifflet, et on nous rappelle à la base. C’est fini.
Ceux qui ont 3 briques ou plus sont considérés comme “graduates”. C’est environ la moitié des participants. Les autres ne recevront pas de médaille. Ils ont soufferts et appris, mais n’en garderont rien de physique. Ils n’auront pas le titre.
Le speech final nous rappelle que dans la vie, on ne gagne pas à chaque fois. Qu’il faut être humble, et continuer d’apprendre. Je récupère ma médaille, il est 7h30 du matin. Je tremble, je ne sais plus trop ou j’en suis. On fait des photos, on tombe dans les bras les uns des autres. Je pars me doucher, au milieu du village de course Spartan en effervescence, qui se prépare pour la course de la journée.

Et alors, qu’est-ce que j’ai retenu, qu’est ce que ça m’a apporté?

Je crois que tout le monde a une raison très personnelle de participer à ce genre d’événement. Ca peut être vouloir se dépasser et trouver ses limites, ça peut être faire l’expérience de la douleur, ou de l’ordre imposé. Ca peut être aussi un besoin de se confronter à l’absurde : rien n’a de sens dans les épreuves que je vous raconte là, et c’est un peu à l’image de la vie elle même. On doit toujours gérer des imprévus, des situations complexes et des moments très difficiles, et si on se connait assez pour savoir comment on réagit sous la pression, quand on a peur, ou quand on a mal, on est plus à même de prendre des décisions éclairées.

Je fais ce genre d’évènements parce qu’ils me font me sentir vivante comme jamais. Avant, pendant, après. J’ai une peur terrible de la routine, de l’acquis, du confortable. Cette nuit là en était l’exact opposé.
J’y apprends à gérer mes efforts, à m’organiser, à garder la tête froide, même quand c’est difficile. Je fais ça aussi parce que je n’ai pas fait l’armée, et n’ai jamais vraiment eu à vivre en groupe ni à coopérer.  Je découvre comment  diriger une équipe ou à obéir à un leader, à faire passer l’intérêt commun avant le mien.
Ces 12 heures m’ont aussi montré que j’étais capable de faire abstraction de ma douleur personnelle, si je pouvais utiliser cette énergie pour aider quelqu’un d’autre à gérer la sienne – j’avais l’expérience, et c’était mon devoir d’aider les autres à traverser cette épreuve et à fabriquer la leur. J’ai rencontré des gens très différents, que je n’aurais jamais eu la chance de côtoyer sinon. La chaleur humaine change tout. 

J’ai aussi appris que parfois, faire le vide total dans sa tête, ne penser plus à rien, n’être plus qu’une “chose”, ça permettait de couvrir de la distance sans s’attacher aux conditions. Que 12 heures, c’est terriblement long, qu’une nuit entière ou l’on perd foncièrement espoir, ça a un goût particulier, et que même le lever de soleil ne suffit pas à tout arranger. 

J’ai eu froid, faim, saigné, été déshydratée. J’ai des plaies partout encore, des courbatures jusque dans les doigts. J’ai du mal à dormir parce que mon subconscient passe en boucle des images de la course, des cris, des sensations désagréables. Après la course, je voulais rentrer faire une sieste, et je n’ai pas réussi à dormir une seconde jusqu’à la nuit d’après, et je n’y serais pas parvenue sans cachets.

Chaque Hurricane Heat touche quelque chose de profond en moi. Parce que c’est stupide, et pas nécessaire, parce que ça fait mal et que c’est un cran au dessus de mes capacités physiques. J’aimerais être plus forte physiquement et mentalement, et ça m’aide énormément à identifier les manques, et à y travailler. J’étais plus prête que jamais auparavant, et je vais apprendre de celle ci, pour être encore plus forte la fois d’après. Il y aura une prochaine fois, évidemment. Là je ne veux pas y penser, ma main gauche tremble encore un peu. Mais je vais récupérer comme il se doit, laver mon sac du ciment qui a fini par couler dedans, prendre du recul sur ce qui s’est passé… et en faire une autre, dès que possible. 

Parfois, il faut se lancer des challenges personnels. En juillet 2018, j’ai couru, sur un weekend, 42km de trail, affronté 90 obstacles et gagné des grosses médailles : ça a pris 9h d’effort, et j’y ai perdu un pantalon de sport, 2 ongles de doigts de pieds, beaucoup d’énergie et une semaine ensuite (pour récupérer). Bref, j’ai participé à un “trifecta weekend”, un évènement sportif organisé par Spartan ou l’on court les 3 formats de Spartan Races (Sprint, Super et Beast) en 48h. Cet article n’a absolument aucune vocation à donner des conseils, je raconte juste mon histoire.  
 Pour les conseils sur comment préparer sa première Spartan Race, c’est ici !

spartan race france
Petit souvenir de la même Super, en Malaisie, l’année dernière.(2017)

1. La décision 

J’ai couru ma première Spartan Race en 2017 – une Sprint, sans équipement et sans aucune préparation et, si l’expérience a été fantastique, je m’étais promise de ne plus jamais recommencer. Je pensais ne pas être faite pour ça, parce que je détestais courir, et que je n’avais aucune force dans les bras. Et puis j’ai continué à m’inscrire, à des formats de plus en plus longs. Pour rappel, la Sprint fait enter 5 et 8km, la Super entre 13 et 15, et la Beast, entre 21 et 23km.
A la fin de l’année 2017, j’avais remporté ma première Trifecta (les 3 formats la même année) et étais prête à passer à la vitesse supérieure. J’ai couru plusieurs Spartans en Australie (Melbourne Super/Sprint & Brisbane Bast) début 2018, et suis entrée en compétition (age group) avec une Sprint à Singapour. J’étais tombée amoureuse de la discipline, et largement adapté mon training pour me faire un haut du corps beaucoup plus fort, et travailler l’endurance en course.
J’ai appris l’organisation d’un trifecta weekend en Malaisie (à Putrajaya, pour être précise) en mai, et les courses devaient avoir lieu fin Juillet. C’était un délai suffisant pour s’y mettre à fond, (3 mois environ de préparation possible), c’était un très beau challenge ( 21+14+7km en 2 jours, avec 90 obstacles à franchir au total) dans la jungle, et j’avais envie de me prouver que j’étais capable de faire quelque chose d’un peu fou, dont je pourrais être fière. C’était une sorte de revanche sur la feignasse que j’étais avant, je crois.
Bref, la décision était prise, j’ai acheté le pass 3 courses, et il a fallu s’y mettre pour de vrai. 

spartan race obstacle
tout ça pour aller fanfrelucher sur des obstacles en plein soleil.

2. La préparation 

Quand on prépare ce genre d’évenèment, il faut être rationnel et honnête avec soi même : on analyse ses faiblesses & ses forces, et on travaille ce qui peut être amélioré.
J’avais 3 faiblesses majeures : mon endurance était plus que moyenne (j’étais asthmatique à l’effort plus jeune, j’ai toujours détesté courir, sans parler de courir 42km évidemment), J’avais un haut du corps toujours assez faible et, si je suis 100% honnête, j’avais une énorme faiblesse mentale, durant les courses : je me décourageais vite, et une des courses s’étant soldée par une gigantesque crise d’angoisse sur le parcours (un très mauvais souvenir), j’avais peur que le mental lâche une fois de plus, et m’empêche de courir les 3 courses.

Le plan d’attaque :

1. travailler l’endurance 
Parce que je déteste toujours autant courir, je me suis forcée à inclure 30min minimum d’interval running au début de 3 séances par semaine (et bosser le haut du corps ensuite.) J’alternais marche (6.5kmh) / course lente (10kmh) / course soutenue (12.5kmh), en changeant de rythme toutes les minutes. 

2. Renforcer le haut du corps 
j’ai laissé tomber les machines pendant 3 mois, pour me concentrer sur un entrainement beaucoup plus fonctionnel : des mouvements de Crossfit (avec des poids libres) et de calisthenics (au poids du corps), beaucoup de tractions.. De quoi me faire un dos et des épaules capables de me porter dans toutes les circonstances.
Ca a aussi impliqué que j’accepte de “prendre des bras” – quelque chose que je refusais depuis des années, pour le coté purement visuel. Mais au final, je suis très heureuse du rendu aussi : j’ai des bras plus forts, un dos plus dessiné et je me tiens beaucoup mieux (en plus de pouvoir soulever mon propre poids sans problème ! )

3. Bosser le mental 
J’ai beaucoup discuté avec des sportifs de compétition, qui m’ont donné de très bons conseils. Visualiser la course avant de partir, visualiser chaque obstacle (en imaginant le réussir) avant de le franchir, faire des listes (de n’importe quoi) pendant les passages de course pour ne pas trouver le temps long ou penser à la chaleur. Il ne faut pas se laisser abattre même quand on échoue ou quand on sent la fatigue et la douleur. On continue, et chaque pas nous rapproche de la ligne d’arrivée (et évidemment, le plus vite on y va… le plus vite c’est fini.)

Pour être honnête, je me suis entrainée fort, mais pas autant que j’aurais voulu, pour diverses raisons ( un séjour de 2 semaines en France & à Dubai, quelques weekends de “fête” en Asie sans gym à disposition, un genou un peu fatigué par moment). J’ai ralenti largement sur l’alcool le mois avant la course, et ai forcé sur les glucides la semaine qui a précédé, histoire de me constituer des réserves de glycogène dignes de ce nom. 

gif carbs spartan race preparation glycogene
moi, avant la course.

3. Jour(s) de course

On est arrivés sur place la veille des premières courses. Pendant 2 jours, les repas ont été principalement constitués de glucides complexes et de  protéines –  assez peu de matières grasses pour éviter les soucis de digestion. (mais ça c’est une préférence perso).
Puisqu’on a rien fait d’autre du weekend au final, voici notre programme (avec les précisions nutritionnelles, si ça en intéresse certains!)

Veille de la course (Vendredi)

Soir : pâtes complètes + blanc de poulet + Légumes rôtis avec un trait d’huile d’olive

Jour de Course 1 (Samedi)

Petit déjéuner :  galette d’avoine + Roastbeef + banane
Spartan Beast (2 barres de céréales pendant la course)
Après la course : 1 barre hyper protéinée
Après-midi : Brunch (craquage mais healthy, toast saumon et oeufs, burger d’araignée de mer.. une merveille !) + un massage d’1h (qui a fait un bien fou aux courbatures)
Soir (veille de course 2): pâtes complètes + thon à l’eau + sauce tomate sans MG + poire

Jour de Course 2 (Dimanche)

Petit déjeuner : 2 oeufs + pain complet + 1 banane
Spartan Super ( 1 barre de céréales pendant la course)
Entre courses : 1 barre énergétique + 1 banane 
Spartan Sprint ( 1 barre pendant la course)
Post course : 1 barre hyper protéinée
Après-midi/Soir : Craquage chez Nando’s 

 

A gauche, avant le départ de la Beast, tout frais. A droite, après les 3 courses, tout défoncés.

4. Les résultats & feedback

Beast (21km, 33 obstacles) : Je l’ai couru avec mon copain, en Open. Il nous a fallu 4h20 pour en venir à bout, et j’ai eu besoin d’un peu d’aide de sa part sur 2 ou 3 épreuves de force pure. On savait qu’on avait à courir de nouveau le lendemain, alors on ne s’est pas précipité, et on a passé un moment ensemble, plutôt que d’essayer de faire une perf. 

Super (14km, 28 obstacles) : Vraiment pas motivée avant de partir, j’ai été très surprise de prendre autant de plaisir sur le parcours. Au bout du 1er kilomètre, mon corps avait chauffé et je n’avais plus de courbatures, et j’avais “envie” de faire un temps honnête. Je me suis amusée, j’ai couru sans vraiment y penser, et le moral était au top. J’étais persuadée être dans le top 10% en passant la ligne d’arrivée : j’ai fini première de ma catégorie (Open, Female, Age-group) et 3ème de femmes. Vraiment contente. 
Je l’ai couru seule, parce que mon partner in crime avait choisi de la courir en Elite – mais j’ai rencontré des gens très sympas sur la course, et l’ambiance m’a beaucoup aidé à tenir jusqu’au bout.

Sprint (8km, 22 obstacles) : Sans suprise, aucun moyen de faire un temps correct, j’ai découvert que mon corps avait des limites assez strictes et que les dépasser étaient impossible. Sur le parcours de la Sprint (avec beaucoup de monde sur les obstacles), impossible d’avancer. Une insolation et une grosse douleur du bas du corps freinaient chaque mouvement, et terminer la boucle de 8km a été un vrai défi. 

spartan race trifecta weekend resultat
Pour les curieux, voilà mes résultats sur les 3 courses, via Athlinks!
spartan race finish line malaysia
Finish Line de la Beast: meilleur feeling du monde.

5. L’après course (et les courbatures ! )

On ne va pas se mentir, je ne pensais pas souffrir autant pendant la dernière course. Les heures qui ont suivies ont été très pénibles (à cause de l’insolation surtout), et il a fallu faire la queue en plein soleil pour récupérer les médailles, puis se doucher au Karcher sur la zone de festival (faute d’avoir une chambre d’hotel à portée) avant de partir pour l’aéroport et rentrer à Singapour. 
La première vraie douche a été l’occasion de faire un bilan : des bleus partout, des coupures plus ou moins profondes, deux ongles de doigts de pied infectés (que j’ai perdu ensuite, bon ap!), des douleurs dans les genoux, dans les épaules, et les jambes infiniment lourdes. Mais le pire, c’était la fatigue : les 2 jours qui ont suivi, j’étais à la fois fatiguée physiquement (avec des courbatures surtout sur le devant des jambes, à cause du parcours montagneux et des descentes dans les cailloux) et épuisée mentalement : j’avais utilisé toute ma capacité de concentration, et j’étais dans une sorte de brouillard constant. Je dormais mal, parce que je rêvais de la course, et que mes pieds abimés tapaient contre des racines ou des obstacles, et la douleur me réveillait. 
Bref, l’après a été une épreuve en elle même, et je suis contente de m’en être remise depuis. 

spartan race trifecta medaille
Si fière de ces médailles et du pantalon troué.

Et au final ?

Je suis vraiment, VRAIMENT ravie de l’avoir fait. C’était le challenge qu’il me fallait pour me prouver que je valais quelque chose en sport, que j’avais les nouilles qu’il fallait, que j’étais capable de mettre de coté la douleur et la frustration pour atteindre mes buts.
Si je devais changer quelque chose.. je m’entrainerais encore plus (pas en quantité, mais en qualité, il y a eu des jours ou je sais que je n’ai pas poussé assez) et je douterais moins de moi. 
Est-ce que je le referai? Probablement pas : c’était très difficile à supporter pour le corps, et j’ai “coché la case” en quelque sorte; Je vais désormais m’entrainer pour faire des performances vraiment meilleures sur les formats courts (Sprint mais surtout Super) et continuerai de courir les Beast pour m’amuser.

 


 

Et vous, quel est LE challenge que vous avez envie de vous lancer? Est-ce que vous avez déjà couru des Spartan Races ? Dites moi tout en commentaire ! 

 

 

 

 

Il y a quelques mois, j’avais écrit un article sur ma première Spartan Race – ou je suis allée absolument non préparée et sans équipe. Mais depuis, j’ai pas mal évolué à ce sujet : j’ai complété ma première Trifecta en 2017 (une Sprint à Singapour, une Super à Cyberjaya en Malaisie et une Beast à Iskandar Puteri, toujours en Malaisie). En 2018, j’ai commencé par un combo Sprint et Super le même jour à Melbourne (le 24 février).

Entre temps, évidemment, j’ai revu mon programme d’entrainement, j’ai appris de mes erreurs, et je reçois beaucoup de mails de votre part me demandant des conseils : vous avez l’air de beaucoup vous inscrire à vos premières Spartan…et regretter ensuite :p Donc je vais vous donner mes 5 conseils pour bien préparer votre première Spartan, histoire que ce soit une expérience supra fun et motivante, qui vous donne envie de tout donner pour les prochaines ! 

spartan race runner
Spartan Super de Cyberjaya, Malaisie (2017)

1. Soyez Réalistes sur l’objectif à atteindre

Si c’est votre première Spartan Race, et que vous êtes sportif/ve régulier.e mais pas acharné, il faut accepter que votre premier temps ne sera pas incroyable. La plupart d’entre vous auront simplement en objectif de venir à bout de la course  – ce qui est tout à fait rationnel pour une première – mais certains vont vouloir faire un temps, entrer direct dans la compétition. Mon conseil, c’est d’en faire une “pour voir“. C’est un effort très particulier, une ambiance très particulière, et certains vont aimer et d’autres détester, mais il faut en vivre une pour comprendre. 
Donc on se détend sur le coté compétitif, et on réfléchit plutôt à ce qui va suivre.

 

2. Renseignez vous sur ce qui vous attend

Là on est sur un “faites ce que je dis, pas ce que je fais” – je suis partie à la première sans avoir voulu regarder les obstacles ou construire une équipe, parce que j’avais peur… Sauf que savoir ce qui m’attend m’aurait beaucoup aidé pour me préparer ! Le site officiel regorge de conseils et de vidéos en tout genre pour connaitre les obstacles et les meilleurs exos pour s’y préparer, alors ne faites pas l’impasse !

Aussi, coté équipement, écoutez les recommandations officielles : on prévoit une tenue longue (qui couvre un maximum les jambes au moins), en tissu synthétique (pas de coton pour éviter les frottements), le plus serrée possible, avec un haut à manches longues si vous courez dans un pays ou il y a beaucoup de soleil et/ou il fait un peu froid (sur un petit format c’est pas un souci, sur une Beast, on parle de minimum 3h à se les peler, donc.. :p), et surtout DES GANTS. Certains obstacles comportent des cordes (qui brûlent très fort la peau), ou des palissades à échardes. Aussi, les gants avec grips permettent de mieux saisir barres et anneaux.. alors ne faites pas l’impasse.
Perso, sur des formats Super ou Beast, j’emmène aussi une ou deux barres de céréales, histoire de choper un petit extra d’énergie, parce que je ne tiens pas 2 ou 3h de sport intense sans me réalimenter.. chacun fait comme il veut, mais sachez quand même que les chances sont grandes que vous passiez dans l’eau avec vos rations de survie. Certains courent aussi avec des camelpacks sur les plus longs ormats 

Ah, oui. N’emmenez évidemment rien qui n’est pas waterproof, et ne mettez pas de nouvelles chaussures le jour de la course : c’est opération confort maximum !

à ce moment là, j’avais encore 2 barres de céréales dans la brassière. C’est dire l’état des trucs. (Spartan Super de Malaisie 2017)

3. Identifiez vos faiblesses muscu.. et préparez vous un programme approprié 

Si certains trouvent les tractions évidentes, ce n’est pas le cas de tout le monde. De la même façon, certains auront du mal à avoir une bonne impulsion sur les sauts, alors que d’autres peuvent franchir toutes les haies du monde sans sourciller. Soyez honnêtes avec vous mêmes, et repérez ce que vous devez améliorer avant la course. 

Acceptez aussi de faire des burpees. 10 par entrainement, puis 20, puis 30. Lors de votre première course, vous ne réussirez probablement pas à passer tous les obstacles (aussi parce que certains sont un peu absurdes, comme le lancer de javelot, qui n’est pas vraiment dépendant de votre force physique) – et puisque la pénalité pour un eche 

Perso, j’ai toujours eu des épaules et un dos plus faibles que le reste (surtout parce que j’ai fait beaucoup de sport, donc du patinage, qui ont renforcé mes cuisses sans toucher au haut du corps). J’ai donc accentué nettement le travail sur ces zones ( notamment avec les exercices dont je vous parle dans l’article sur le travail des bras en salle de sport !

voilà, là j’ai les bras en douleur. (Spartan Beast Iskandar Puteri, Malaisie 2017)

4. Travaillez votre Cardio.. et appliquez vous ! 

Ok, quand on pense aux Spartans ou autres courses d’obstacles, et c’est normal.. on voit les obstacles d’abord. Il n’empeche que c’est aussi une course, d’une distance plus ou moins longue, et qu’il faut se préparer coté cardio, histoire de se détacher au classement (ou, tout du moins, de ne pas perdre trop de temps.)

Chacun sa méthode, mais perso je préfère l’interval training (1min de course rapide, 1min de course lente) plutôt que les sorties longues, pour m’entrainer. Je sais que je peux mieux faire de ce coté là (je suis vraiment pas une fan de running à la base – mais si vous voulez vous y mettre je vous conseille cet article co-écrit par mon copain le plus coureur!

5. Amusez vous !

Ca parait bête, hein. Mais c’est LE conseil qui va vous permettre de dédramatiser, de tout prendre avec le sourire (même les burpees) et de profiter de chaque seconde de la course.

Je vais vous faire une confidence : la veille de chaque course, je stresse énormement. J’ai peur, je sais que ca va être dur et que ça va faire mal (pour plusieurs jours après la course, en vrai). Mais j’ai un copain, Charles, qui, peut être sans trop s’en rendre compte, m’a à chaque fois dit de m’amuser, pendant la course du lendemain, et de profiter. Et c’est LE conseil que je garde toujours en tête. C’est une course ok, mais c’est fun, c’est challengeant, ça donne envie d’être plus fort, plus rapide, meilleur. On se fait des copains sur le parcours, parce qu’on est tous dans la même galère (c’est beaucoup moins solitaire qu’une course “normale” ou chacun est dans sa tête ou avec sa musique). Ca fait des souvenirs de taré, ça fait du bien de se dépasser, et au final, quand ça s’arrête, on a juste envie de recommencer.

(d’ailleurs, la dernière fois c’est ce qui s’eest passé, puisqu’on est allés courir un combo, c’est à dire Spartan Super, 1h de pause puis Spartan Sprint, la même matinée, à Melbourne en Australie :p) 

Spartan Combo Melbourne 2018 (entre les deux courses)

 

Alors, prêt(e) à se lancer dans l’aventure? Encore des doutes?
Dites moi tout en commentaire ! 

Ca faisait un moment que j’avais ça en tête : une Spartan Race, aussi “commercial” soit devenu le concept, représente quand même un joli challenge physique, et j’avais envie de tester mes propres capacités à l’affronter. J’avais pris mon dossard il y a un an, en 2016, pour celle de Juin en France. Et puis j’ai déménagé subitement à Singapour et n’ai au final pas pu participer. Sauf que l’organisation est mondiale et qu’elle se coure aussi à Singapour. J’ai donc directement pris ma place, en Sprint et en Open, et sans trop savoir à quoi m’attendre. Comme tout le monde, j’avais vu les vidéos (le teaser est en bas de l’article, si vous ne l’avez jamais vu) mais jamais affronté le montre obstacle – de ma vie, en fait. Puisque je sais que certain(e)s aimeraient en courir une aussi, voilà mon avis sur les Spartan Races et si oui ou non, vous devez essayer d’en courir une aussi ! 

1. Une Spartan Race, c’est quoi? 

C’est la course d’obstacle la plus courue au monde. Le concept a été lancé en 2007 par un groupe d’Américains, et est sponsorisé depuis 2012 par Reebok (d’ou le nom Reebok Spartan Race, que l’on voit partout). 

C’est une course sportive, (les participants sont chronométrés et le but est de finir le plus vite possible – et sans se blesser éventuellement) qui alterne course pure et obstacles d’inspiration militaire. Ramper sous des barbelés, porter des rondins de bois ou des blocs de pierre, monter à des cordes lisses, sauter par dessus des barricades : tout un tas de mouvements qu’on ne fait pas vraiment au quotidien (sauf si on est un marine), et même pas vraiment à la salle de sport (à moins que vous soyez motivés de dingue).

Il y a plusieurs types de parcours, dont les plus connus sont :

  • Sprint – minimum 5km et entre 20 et 23 obstacles
  • Super – minimum 12.8km et entre 24 et 29 obstacles 
  • Beast – minimum 19.3km et et entre 30 et 35 obstacles 

Je dis minimum, parce que c’est vraiment en fonction du terrain aussi. la Sprint de Singapour, et j’en parlerai un peu plus bas, faisait 8km cette année)

On doit affronter tous les obstacles, et si l’on échoue sur l’un d’entre eux, la “punition” est la même pour tout le monde : 30 burpees, qu’il faut finir avant de pouvoir poursuivre son chemin. 

Evidemment, la difficulté va croissante, et si on arrive à compléter les 3 (Sprint, Super et Beast) sur une année calendaire, on parle de gagner la “Trifecta“. 

A chaque course gagnée, on reçoit une médaille ronde, et un 1/3 de médaille, que l’on doit ajouter aux 2 des deux autres types de course pour faire une grosse médaille complète. (c’est anecdotique, mais je trouve le principe vraiment sympa.)

A noter qu’il existe des versions Ultra (sur une distance de marathon, 42km)  et également des opérations plus ponctuelles, et notamment des épreuves réservées à l’armée aux USA.

C’est quoi, la différence entre Open et Elite?

La catégorie Elite est compétitive : on n’a pas le droit de recevoir de l’aide sur les obstacles et les meilleurs coureurs gagnent des prix.

La catégorie Open est plus libre, et on a le droit de s’entre aider pour passer certains obstacles si besoin (les petits se feront porter, les rondins de bois se porteront à deux au lieu de tout seul, etc). Il faut donc avoir des gens sur qui compter dans les parages. 

Petite anecdote : en faisant les recherches pour cet article, j’ai découvert que le nom Spartan ne venait pas vraiment du coté historique, mais… du nom du lama domestique d’un des fondateurs. Pour la peine, photo de la lama.

2. La première Spartan Race, c’est comment?

J’imagine que si vous vous lisez tout ce qui se trouve sur leur site à propos des obstacles, si vous faites les trainings qu’ils conseillent et que vous avez l’opportunité d’aller tester les obstacles (ils organisent parfois des entrainements spéciaux), ça doit être beaucoup beaucoup moins flou que ça ne l’était dans la mienne quand j’ai pris le départ. Je suis du genre à me mettre la tête dans le sable avant d’affronter la difficulté (j’étais du genre à refuser de relire mes copies, ce genre de choses) donc j’ai complètement refusé de me renseigner. Bon. Du coup, le jour de la course, j’étais 1. très stressée, 2. pas du tout au courant de ce qui allait se passer. héhé. 

Au final il s est passé ça, cest à dire beaucoup de roulades dans la boue.

Le terrain, ça ressemble à quoi ? 

La Spartan de Singapour est installée à moitié sur un immense terrain de sport plat, à moitié dans la forêt. Il n’avait pas plu depuis très longtemps, alors ils ont innondé l’ensemble histoire de faire une grosse boue bien épaisse sur une grosse partie du parcours – pour le gaspillage, on repassera. Visiblement la boue est un élément nécessaire du concept, donc préparez vous à en trouver ou que vous couriez.. et à vous rouler dedans.

Le village de départ, il est comment? 
Ca se présente comme un village de course normal : des stands de nourriture et de fringues de sport, (très peu de stands cadeau de marque), et puis tout un tas de gens avec le même tee shirt Reebok – enfin 2 sortes, plutôt : ceux, tout propres tout beaux et tout stressés dans leur tee shirt de course, qui attendent le départ de leur vague, et les vraiment vraiment dégueulasses pleins de boue, avec le tee shirts de finishers, qui arborent une médaille un peu sale mais un sourire glorieux et soulagé. 

on doit emmener/mettre quoi ?

J’ai été optimiste et ai enfilé des baskets neuves. Pourtant, la présence de grand sacs poubelles remplis de chaussures à la sortie de la course était un indice majeur : les baskets ont du mal à y survivre. On met donc des souliers en fin de vie.

On opte pour un pantalon de sport long et moulant en synthétique (un legging de sport, quoi) et des chaussettes hautes – le but c’est d’éviter les brulures et échardes et coupures et.. bref. Les blessures, quoi. Mettez aussi des gants ( de training si vous avez, mais de jardinage ça marche aussi) parce qu’on met beaucoup les mains par terre / sur des trucs en bois / sur des trucs pas faits pour mettre ses mains dessus. Et ça rend les épreuves de corde BEAUCOUP plus faciles. 

Enfin, on oublie tout effet personnel (il y a de quoi déposer son sac, donc pas de souci) parce que s’encombrer c’est se ralentir. Il y a de l’eau distribuée le long du parcours, alors juste sa … et son couteau, et tout ira bien ! 

Une fois lancé, il se passe quoi ? 

La course en elle même… De la part d’une débutante absolue, donc, j’ai découvert les obstacles au fur et à mesure, ce qui m’a aussi permis de ne pas m’inquiéter à l’avance. Une fois qu’on est lancés, c’est trop tard, et on trouve un moyen de passer les obstacles. Vu ma composition, tous les obstacles qui faisaient appel à une force pure des bras et du dos ont été plus compliqués que les autres. Je n’ai fait les 30 burpees qu’une seule fois, après un échec sur la corde lisse – qui était en fin de parcours en prime. 

Et comment on fait, quand on a pas de team?

Je dois avouer que j’étais un peu optimiste, en partant seule. J’ai réalisé pendant la course que j’allais avoir besoin d’aide. J’ai eu la chance de tomber sur une équipe très sympa ( 2 jeunes hommes et une demoiselle) a qui j’ai pu m’associer – et ce sont même devenus de très bons potes depuis (parce que souffrir ensemble, ça crée des liens pour sûr!). Ils m’ont porté (ou du moins propulsé) sur 2 obstacles. C’est aussi ça, faire 1m58 et penser qu’on est une Spartiate. 

Ca s’est fini comment?
Très, très bien. Et avec une bière aussi, offerte sur la ligne d’arrivée. On a eu les temps quelques jours plus tard, et je ne pensais pas m’être aussi bien débrouillée : 1h41 pour finir le parcours, dans le top 7% de l’Open Sprint (140ème sur 2000 et des brouettes). J’ai une jolie médaille, 2 jolis tee shirts Reebok… et une inscription quasi validée pour la Super qui se tient en Malaisie dans 2 mois. 

Et un sourire de ligne d’arrivée, qui dit que ça fait du bien quand ça s’arrête.

3. Est-ce que TU dois courir une Spartan Race?

Assez parlé de moi, si vous lisez ça c’est que vous avez envie d’en courir une aussi.

Je pense sincèrement que c’est un challenge physique très très sympa. Par contre, je le déconseillerais à des débutants complets, qui ne courent pas du tout habituellement (je ne suis pas une grosse coureuse, mais 8km, il faut quand même les tenir, même si on a la possibilité de marcher si vraiment ça ne va plus) et à ceux et celles qui ne s’entrainent jamais au poids du corps – il faut quand même grimper des trucs et porter d’autres trucs, et ça demande un peu de muscles et de connaissance de son corps. 
Pour tous les autres, sportifs et sportives occasionnel(le)s ou confirmé(e)s : FONCEZ. C’est une expérience vraiment géniale, tous les coureurs sont dans la même galère donc on partage un moment avec des centaines de personnes, et on est très très fiers une fois la ligne d’arrivée franchie. Au pire du pire, vous ferez beaucoup de burpees, mais si vous décidez de tenter la Sprint, il n’y a aucune raison de ne pas la finir. Ca fait des jolies courbatures le lendemain (et pendant une grosse semaine, en fait) mais ça fait surtout des souvenirs cools et ça ravive n’importe quelle motivation. 

Alors, on y va ? 😀 Vous comptez en courir une bientôt ? Vous vous entrainez pour ça ? Dites moi tout en commentaire!